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27/01/2018 Sacha donne ses impressions sur la France

Sacha, en SVE à la MFR donne ses premières impressions sur son volontariat en France

Mon prénom est Oleksandra. Mais moi, je m’appelle Sacha, comme toutes les Oleksandras et tous les Oleksandrs en Ukraine. Je suis née à Kiev, le capital ukrainien où j’ai passé 20 ans de ma vie. C’est en 21ième année que je suis devenue une volontaire accueillie par la MFR de Bournezeau pendant 10 mois dans le cadre d’un projet du SVE (Service Volontaire Européen). Cela a été une décision aventureuse et plutôt spontanée, prise avec l’idée d’accepter tout ce qu’il y a de nouveau et inconnu. J’étais attirée par tout ce qui était potentiellement enrichissant, tout ce qui pouvait me proposer un défi à rencontrer. En plus, j’adore les chevaux. Une école proposant la formation hippique m’a paru une auberge de bonheur, surtout qu’en Ukraine, les établissements pareils n’existent pas. Le projet de SVE concernant la MFR à Bournezeau m’a beaucoup attiré aussi par sa motivation (sans parler que l’idée de me retrouver dans une petite ville française, pas loin de l’océan, entourée par la nature et surtout par les chevaux n’aurait pas pu me laisser indifférente). Accueillir un étranger pour faire les jeunes élargir leur perception du monde, donner la possibilité de découvrir l’un l’autre, de partager et d’échanger, c’est la façon moderne et progressive de voir l’éducation. Donc c’est en étant tentée par le plaisir de goûter la France pendant assez longtemps aussi bien que guidée par la mission noble d’emporter un peu d’Ukraine et d’en être une petite représentante que suis venue ici.

Le but de mon séjour en France est au premier lieu l’échange. Je suis venue pour voir, écouter, découvrir, apprendre et comprendre en offrant le même en retour. C’est une tâche charmante, mais, apparemment, assez large et vaste. J’ai commencé par me laisser plonger complètement dans la vie de l’école. Suivre le rythme des cours, faire connaissance aux élèves, partager leur quotidien scolaire, découvrir leurs mœurs, essayer de les comprendre et de répondre à toutes leurs questions. Je pense que jamais dans ma vie je n’ai été interrogée autant que pendant mon premier temps ici. On me demandait tout : où j’habite, ce que je mange, pourquoi je suis là, ce que j’aime le plus à propos de la France, ce qui ne me plaît pas, ce que je pense de la MFR, combien de villes il y a en Ukraine, s’il y a des chevaux chez moi, quels chevaux, s’il est difficile pour moi d’être loin de ma famille, quelles sont les spécialités ukrainiennes, si on a les voitures à Kiev, à quel étage j’habite, comment dire « merde » en ukrainien, pourquoi je parle deux langues en même temps... Je ne peux pas décrire quel plaisir cela me fait! C’est agréable de les voir s’intéresser, c’est amusant de les écouter expliquer les mots et les réalités françaises que je ne comprends pas. C’est émouvant quand ils essayent de m’apprendre les choses et c’est très touchant quand ils apprennent les choses de moi. J’adore ces moments de l’intercommunication.

C’est intéressant aussi d’observer le processus éducatif du côté. Il y a beaucoup de choses qui m’évoquent mes années scolaires et c’est curieux de remarquer ce qu’il y a de commun et de différent entre l’école française et ukrainienne. C’est plus libéral et démocratique en France. Les relations entre les moniteurs et les élèves sont plus développées. On parle plus, on partage plus, on explique plus. Beaucoup est fait pour faire les jeunes analyser, réfléchir, comprendre pourquoi il faut faire telles ou telles choses. On cherche à élever les citoyens conscients et autonomes, je dirais. Je trouve que la façon de présenter l’information est moins formelle. On sort souvent du contexte académique pour projeter ce qu’on apprend à la vie réelle. Les horaires scolaires sont différentes aussi. Les élèves français passent presque toute la journée dans la classe tandis que les cours en Ukraine se terminent à 15.00. En revanche, ici, ils ont moins de devoirs par rapport aux élèves ukrainiens qui travaillent plus à la maison. Il y faut aussi rajouter tout le temps qu’on consacre ici à l’éducation sociale et civique : les visites nombreuses, les cours de thème, les interventions des spécialistes. C’est moins le cas dans les écoles ukrainiennes. J’aimerais bien appliquer les principes de la praticité et de laïcité de l’école française au programme scolaire ukrainien. Les élèves eux-mêmes semblent plus adultes ici. Beaucoup d’entre eux conduisent la voiture. Déjà le fait qu’ils commencent à travailler depuis la classe de 4ième les rend plus mature par rapport aux élèves ukrainiens qui sont vraiment des écoliers à l’âge de 16-18. En général, j’ai l’impression qu’en France, on grandit plus tôt, on rentre dans la vie active plus vite. A mon avis, cela s’explique soit par la formation professionnelle plus disponible et de plus haute qualité soit par les conditions économiques plus bénéfiques soit par les deux. Je crois que cela mérite une étude sociologique à part.

Une autre grande découverte pour moi c’est le monde de cheval. Jamais je n’ai été si près et profond dans la filière. C’est plus fermé, moins développé et accessible chez moi. En quelques premiers mois j’ai vu et j’ai appris plus sur les chevaux que pendant toute ma vie. J’ai fait de la voltige, j’ai accompagné les élèves pendant les visites des structures différentes, j’ai assisté aux cours de zootechnie, j’ai visité les compétitions, les haras, les spectacles équestres, le salon de cheval, j’ai entendu les gens autour de moi parler des heures sur les particularités du débourrage… C’est incroyable, comment c’est large et diversifié, le domaine en France. J’en profite et j’en suis très contente.

J’aime la France. Elle m’accueille très chaleureusement. Elle propose le confort, le calme, la praticité dans les moindres détails, le rythme stable et les notions de ce qui est bien et de ce qui est mal assez claires. Elle vie d’après ses règles en créant une ambiance fiable et rassurant pour ce qui les acceptent. Le niveau de vie, la sécurité médicale et sociale, la qualité des services, la disponibilité des biens basiques – pour la personne qui connaît les réalités ukrainiennes, c’est un argument en faveur incontestable. Les routes, le transport, les lieux publics bien entretenus, le recyclage etc. Tu t’y habitue très vite et je pressens déjà le contraste flagrant que j’aurai à mon retour en Ukraine. En même temps, malgré les standards de vie assez élevés, la France reste étonnement antique parfois. On achète toujours le pain à boulangerie, les cigarettes aux boutiques de tabac – pour tout ça je vais au supermarché chez moi. On utilise toujours les chèques! Je pense que je ne les ai vus que dans les films, les chèques. C’est charmant, cette combinaison du nouveau et du vieux. J’admire les français pour ce qu’ils font pour garder le patrimoine historique. Ils arrivent à être modernes et anciens à la fois. J’adore la boulangerie française. Je ne peux non plus résister au fromage. Je ramènerai certainement des kilogrammes français en Ukraine. Les français mangent bien. Surtout, ils mangent énormément de pain. La baguette et toujours sur la table – trois fois par jours, sept jours par semaine.

Malgré le charme, un jeune aventureux sorti de la dynamique d’un pays en voie de changement et de transformation risque de se retrouver encadré par la standardisation. La nourriture, le loisir, l’idée de la réussite sociale, la moral – la France propose les modèles bien déterminés qu’on suit sans trop se poser les questions. Il me semble que les gens veulent moins ici, plutôt, il y a moins de gens ici qui veulent beaucoup. On aime bien être tranquille, suivre ses habitudes sans trop sortir du rythme stable et réglé. Les français travaillent moins que les ukrainiens, je trouve. Ils ont moins d’ambitions. Pourtant, j’ai été étonnée d’apprendre sur le fonctionnement des associations en France. Les gens s’investissent volontairement pour maintenir l’activité des écoles de danse, des clubs sportifs, des organisations humanitaires etc. C’est admirable de voir les gens sacrifier leur temps et leurs efforts pour organiser les évènements publics sans compter gagner du profit, juste dans les buts sociaux, humanitaires, écologiques, distractifs. Les mœurs écologiques et les tendances bio me plaisent aussi. Tout cela en Ukraine porte le caractère plus désordonné et irrégulier. L’Etat ne s’en occupe pas donc l’initiative vient des particuliers conscients et n’est pas toujours assez supportée pour être productive.

Mon grand plaisir est l’intégration dans l’équipe des moniteurs de la MFR. J’ai été accueillie avec beaucoup de bienveillance et d’attention. Je me sens constamment à l’aise depuis mon arrivée. En plus je m’amuse beaucoup en me trouvant parmi les professeurs. L’échange qu’on a l’occasion à avoir, toutes les choses que j’apprends en les observant et en les écoutant, l’ambiance générale qui règne parmi eux. On me montre les choses, on me fait visiter, on propose de découvrir. Tout cela m’apporte énormément au niveau personnel, culturel, linguistique. C’est incroyable comment les choses s’assimilent toutes seules. Il m’arrive de plus en plus souvent de parler à moi-même en français. Je sors les exclamations et même les jurons français automatiquement. La langue s’implante dans la subconscience et c’est vraiment intéressant et agréable à remarquer.

Je pourrais parler de mes expériences encore et encore. Un séjour pareil alimente énormément l’esprit et le cerveau. Je suis reconnaissante, ravie et heureuse de pouvoir vivre toute cette histoire. J’attends de cette année de m’ouvrir de nouveaux horizons, m’aider à trouver un peu plus de moi-même, à comprendre ce que je veux le plus et ce que je dois faire pour l’atteindre. Je pense à entrer dans une Université française pour faire mon Master l’année prochaine. Je veux aussi continuer à apprendre les langues. L’espagnol est déjà attaqué. En tout je cherche à utiliser le plus de ressources intérieures et extérieures pour voir le plus possible, essayer le plus possible, vivre le plus possible.

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